Immobilier

Quels sont les droits et devoirs lors d’un compromis de vente ?

En France, le compromis de vente engage normalement le vendeur à céder le bien et l’acheteur à l’acquérir au prix fixé. L’acheteur particulier est toutefois protégé par un délai de rétractation de dix jours et par les conditions suspensives, notamment celle liée au prêt immobilier. Le vendeur, lui, ne peut pas se rétracter librement après sa signature : son principal droit est d’exiger que l’acheteur respecte les engagements écrits au compromis.

Publié le · Mis à jour le 10 min de lecture
Signature d’un compromis de vente immobilier autour de documents et de clés
Signature d’un compromis de vente immobilier autour de documents et de clés — illustration Karène
Sommaire de l’article

Le compromis de vente : un avant-contrat qui engage réellement

Le compromis, aussi appelé promesse synallagmatique de vente, fixe l’accord des parties sur le bien et sur le prix. Il ne se limite pas à réserver un logement : il organise la future vente et oblige, en principe, chacun à signer l’acte authentique chez le notaire lorsque les conditions prévues sont réunies.

Il faut distinguer le compromis de la promesse unilatérale de vente. Dans une promesse unilatérale, le vendeur réserve le bien à un bénéficiaire qui reste libre de lever ou non l’option. Dans un compromis, vendeur et acheteur s’engagent mutuellement. Cette différence explique pourquoi le compromis est la formule la plus fréquente lorsqu’un accord complet a été trouvé.

La signature peut intervenir chez un notaire, chez un agent immobilier habilité ou sous seing privé entre particuliers. Le passage par un notaire dès l’avant-contrat n’est pas toujours imposé, mais il sécurise les clauses, les diagnostics, les règles d’urbanisme et la situation de copropriété. Chaque partie peut choisir son propre notaire : deux notaires ne doublent pas les frais d’acquisition, puisqu’ils se les répartissent entre eux.

Les droits de l’acheteur : se rétracter, être informé et faire jouer les conditions

Le droit le plus protecteur concerne l’acheteur non professionnel d’un logement. Après notification du compromis signé, il dispose de dix jours calendaires pour se rétracter sans se justifier ni payer de pénalité. Le délai commence le lendemain de la première présentation de la lettre recommandée notifiant l’acte, ou de sa remise selon une procédure valable.

Pour se rétracter, l’acheteur doit envoyer sa décision avant l’expiration du délai, de préférence par lettre recommandée avec avis de réception ou par un moyen permettant de prouver la date d’envoi. Lorsqu’il y a plusieurs acquéreurs, chacun doit être régulièrement informé. Une notification irrégulière peut retarder le démarrage du délai et, par conséquent, la suite de la vente.

Après ces dix jours, l’acheteur n’est pas pour autant privé de toute protection. Il peut sortir de l’opération sans pénalité si une condition suspensive prévue au contrat ne se réalise pas sans faute de sa part. La plus courante est l’obtention d’un prêt, mais d’autres conditions peuvent être pertinentes : absence de préemption, obtention d’un permis, vente préalable d’un autre logement ou absence de servitude révélée après vérification.

L’acheteur a également droit à une information loyale sur ce qu’il acquiert. Il doit recevoir les diagnostics applicables au logement, dont le diagnostic de performance énergétique, ainsi que les informations nécessaires sur les risques, les installations et l’état du bien. Pour un lot de copropriété, le dossier est plus étendu : règlement de copropriété, procès-verbaux d’assemblées générales, charges, travaux votés et données financières de l’immeuble font partie des éléments qui permettent d’acheter en connaissance de cause.

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Les devoirs de l’acheteur : financer, vérifier et respecter les délais

Un acheteur qui demande un crédit doit effectuer des démarches réelles et cohérentes avec le compromis. Celui-ci doit préciser le montant maximal emprunté, la durée, le taux envisagé et le délai pour obtenir le financement. Ces paramètres ne sont pas décoratifs : ils servent à apprécier si le refus bancaire permet effectivement de faire jouer la condition suspensive.

Il est prudent de déposer plusieurs demandes de prêt rapidement, sans attendre la dernière semaine. Un acquéreur qui sollicite volontairement un financement très différent de celui prévu, ou qui refuse sans raison une offre conforme à ses critères, risque de perdre le bénéfice de la condition. En droit, une partie ne peut pas empêcher elle-même la réalisation d’une condition puis s’en prévaloir.

Lorsque l’achat est financé par emprunt, la condition suspensive de prêt s’applique en principe. L’acheteur peut y renoncer, mais cette renonciation doit être explicite et mérite une réflexion sérieuse : il devra alors acheter même si la banque refuse son dossier ou si son apport devient insuffisant. Le délai accordé pour obtenir le prêt ne peut en principe pas être inférieur à un mois.

L’acheteur doit aussi relire les annexes et poser ses questions avant la signature : limites du terrain, servitudes de passage, assainissement, travaux de copropriété, location en cours, équipements inclus ou exclus. Une cuisine équipée, un poêle, une borne de recharge ou un abri de jardin peuvent susciter des désaccords si le compromis ne les décrit pas clairement.

Les devoirs du vendeur : informer, conserver le bien et le délivrer comme prévu

Le vendeur doit fournir une information exacte sur le bien et remettre les documents qui lui incombent. Il doit signaler les sinistres connus, les procédures de copropriété, les travaux déjà votés, les servitudes, une occupation locative ou toute difficulté dont l’omission pourrait modifier le consentement de l’acheteur. Une clause limitant la garantie des vices cachés ne protège pas un vendeur qui dissimule volontairement un défaut connu.

Les diagnostics techniques ne dispensent pas le vendeur de sa bonne foi. Ils informent sur des points précis, tels que l’énergie, le plomb, l’amiante, le gaz, l’électricité ou l’assainissement non collectif selon les caractéristiques du logement. Leur contenu doit être lu avec attention : un diagnostic recommandant une intervention n’empêche pas d’acheter, mais peut justifier une négociation sur le prix ou des travaux à prévoir.

Jusqu’à la remise des clés, le vendeur doit conserver le bien dans l’état convenu. Il ne peut pas démonter un équipement inclus dans la vente, dégrader le logement, signer un nouveau bail incompatible avec la vente ou accepter une autre offre. Sauf clause particulière, il doit délivrer le bien libre de ses occupants et de ses meubles le jour de l’acte authentique.

Le vendeur a aussi des droits. Il peut demander le versement du dépôt prévu après l’expiration du délai de rétractation, recevoir les justificatifs liés au financement et exiger le respect du calendrier contractuel. Si l’acheteur manque fautivement à ses obligations après la levée des conditions, il peut demander l’application des clauses du compromis ou saisir la justice.

Conditions suspensives, délais et clauses : les points qui déterminent l’issue de la vente

Une condition suspensive est un événement futur et incertain dont dépend la vente. Elle doit être rédigée avec précision : qui accomplit les démarches, quel est le délai, quelle preuve doit être apportée et que se passe-t-il si l’événement ne se produit pas. Une formulation vague est une source classique de conflit.

Les délais sont souvent adaptés au dossier. Une vente sans crédit, sans copropriété complexe et sans droit de préemption peut avancer vite. À l’inverse, une succession, un prêt avec garantie particulière, un bien occupé ou une purge de préemption peuvent allonger le calendrier. La date de signature définitive doit donc rester réaliste.

Étape ou clausePersonne principalement concernéeDélai habituel ou légalEffet si elle échoue
RétractationAcheteur non professionnel10 joursSortie libre, sommes restituées
Obtention du prêtAcheteurSouvent 45 à 60 joursVente annulée si refus justifié
Droit de préemptionNotaire et collectivitéSouvent autour de 2 moisLa collectivité peut acheter
Dépôt de garantieAcheteurAprès la rétractationSomme bloquée chez le séquestre
Acte authentiqueVendeur et acheteurSouvent 2 à 3 moisReport, recours ou sanctions possibles
Remise des clésVendeurJour de l’acte, sauf accordDélivrance du bien et transfert prévu

Certaines conditions sont utiles, mais elles ne doivent pas devenir un moyen de garder le bien sous option sans véritable engagement. Par exemple, une clause liée à la revente du logement actuel de l’acheteur doit définir un prix, une date limite et les justificatifs attendus. Une condition dépendant uniquement du bon vouloir d’une partie peut être inefficace ou difficile à faire appliquer.

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Dépôt de garantie, frais et conséquences d’un désistement

Le dépôt de garantie, parfois appelé indemnité d’immobilisation par abus de langage, n’est pas obligatoire dans un compromis. Lorsqu’il est prévu, il représente en général 5 % à 10 % du prix de vente. Il est versé après le délai de rétractation et conservé par un séquestre, souvent le notaire ou l’agent immobilier lorsqu’il est autorisé à recevoir les fonds.

Cette somme ne devient pas automatiquement la propriété du vendeur. Si l’acheteur se rétracte dans les dix jours ou si une condition suspensive échoue sans faute de sa part, le dépôt doit en principe lui être restitué. En revanche, si toutes les conditions sont réalisées et que l’acheteur refuse ensuite de signer sans motif valable, le compromis peut prévoir une clause pénale, fréquemment proche du montant du dépôt.

Le vendeur ne peut pas toujours se contenter d’encaisser la somme sans discussion. Selon le contrat et les circonstances, il peut demander l’exécution forcée de la vente ou sa résolution avec indemnisation. Un juge peut aussi réduire une pénalité manifestement excessive. Avant tout prélèvement, le séquestre demandera généralement un accord écrit des parties ou une décision permettant de trancher le litige.

Les frais d’acquisition ne doivent pas être confondus avec le dépôt. Ils sont réglés au notaire lors de l’acte définitif et comprennent principalement les droits et taxes, les débours et la rémunération réglementée. Dans l’ancien, comptez en général autour de 7 % à 8 % du prix pour l’ensemble des frais d’acquisition ; le niveau varie selon la nature du bien et de l’opération.

Vérifier le compromis avant signature : une méthode en six points

Relire efficacement avant de s’engager

  1. Contrôlez l’identité et la propriété. Vérifiez les vendeurs, les quotes-parts éventuelles, les procurations et la désignation complète du bien, y compris cave, parking, jardin et dépendances.
  2. Figez le prix réel. Distinguez le prix net vendeur, les honoraires d’agence, le mobilier éventuellement vendu et les frais restant à financer.
  3. Cadrez le prêt. Inscrivez des caractéristiques de crédit réalistes et un délai compatible avec votre banque, votre apport et votre situation professionnelle.
  4. Lisez toutes les annexes. Examinez les diagnostics, les servitudes, les documents de copropriété, l’état des risques et les autorisations de travaux.
  5. Listez ce qui reste dans le logement. Mentionnez les équipements, les clés, les télécommandes, les cuves, les contrats transférables et les éventuels meubles inclus.
  6. Anticipez le jour de la vente. Prévoyez la date de libération du logement, le relevé des compteurs, l’assurance et une visite finale peu avant l’acte.

Une visite juste avant la signature définitive est particulièrement utile. Elle permet de constater que le logement est dans le même état, que les équipements annoncés sont présents et qu’aucun dégât nouveau n’est apparu. En cas d’anomalie, prévenez immédiatement le notaire : un report, une retenue sur le prix ou un accord écrit peut être nécessaire.

En cas de désaccord : agir vite sans rompre les échanges

Un refus de prêt, un retard de diagnostic ou un désaccord sur des travaux ne signifie pas forcément que la vente est perdue. La première étape consiste à relire la clause concernée, puis à transmettre des preuves datées au notaire et à l’autre partie. Un avenant peut prolonger un délai ou modifier une condition, à condition d’être accepté et signé par tous.

N’acceptez pas un report seulement à l’oral. Un avenant doit indiquer la nouvelle échéance, les conditions maintenues et le sort du dépôt. Sans écrit, les parties peuvent avoir une lecture opposée de leurs obligations, notamment lorsque le délai de prêt ou la date de l’acte est dépassé.

Si le litige porte sur une information cachée, une pénalité, une succession, une indivision ou un refus de signer, le notaire peut expliquer le cadre de l’acte mais ne défend pas l’intérêt exclusif d’une partie. Un avocat en droit immobilier ou un professionnel compétent peut alors évaluer les recours possibles au regard des documents et de la situation précise.

Questions fréquentes

On répond à vos questions

Peut-on se rétracter après avoir signé un compromis de vente ?
Oui, l’acheteur non professionnel d’un logement dispose d’un délai légal de dix jours à compter du lendemain de la notification régulière du compromis. Il n’a pas à expliquer sa décision et récupère les sommes éventuellement versées. Après ce délai, il ne peut plus annuler pour un simple changement d’avis, mais peut encore être protégé par une condition suspensive non réalisée.
Que se passe-t-il si la banque refuse le prêt immobilier après le compromis ?
Si le compromis comporte une condition suspensive de prêt et que l’acheteur a effectué des demandes conformes à ses caractéristiques, le refus de financement entraîne normalement l’annulation de la vente. Le dépôt doit alors être restitué. L’acheteur doit pouvoir démontrer ses démarches et respecter le délai prévu. Un refus provoqué par une demande irréaliste ou tardive peut être contesté.
Le vendeur peut-il se rétracter après avoir signé le compromis ?
Non, le vendeur ne bénéficie pas du délai de rétractation accordé à l’acheteur particulier. Dès la signature, il est en principe tenu de vendre au prix et aux conditions convenus. Il peut être libéré si une condition suspensive échoue, par exemple l’exercice d’un droit de préemption. Si l’acheteur manque fautivement à ses obligations, il peut demander les recours prévus au contrat.
Le dépôt de garantie est-il obligatoire pour un compromis de vente ?
Non. Le dépôt de garantie résulte d’un accord inscrit dans le compromis ; il est souvent fixé entre 5 % et 10 % du prix, mais peut être inférieur ou absent. Lorsqu’il existe, il reste normalement séquestré jusqu’à la vente. Il est restitué en cas de rétractation dans le délai légal ou d’échec régulier d’une condition suspensive.
Faut-il obligatoirement signer le compromis de vente chez un notaire ?
Non, un compromis peut être signé entre particuliers ou par l’intermédiaire d’un agent immobilier. Le notaire est toutefois particulièrement utile pour contrôler le titre de propriété, les servitudes, la copropriété, les droits de préemption et les clauses de financement. L’acte de vente définitif doit, lui, être authentique afin de permettre les formalités de publicité foncière.

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